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EB 18/4 Veyron : le concept car Bugatti qui a préparé la Veyron de série

Éléonore Mezin-Lavergne 7 min de lecture
Bugatti concept car EB 18/4 Veyron en studio

Publié par : — Rédactrice spécialisée en auto

Relu, corrigé et validé par : Camille Leroy — Rédacteur en chef

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Un concept car Bugatti sert à tester une silhouette, une architecture mécanique et une vision du luxe avant leur éventuelle adaptation à une voiture de route. De la renaissance de la marque sous Volkswagen à la Tourbillon, ces prototypes retracent la naissance de la Veyron, l’évolution du W18 vers le W16 et plusieurs projets restés à l’état d’étude.

Concept car, show-car ou prototype : ce que révèle une Bugatti

Un concept car est une voiture d’étude. Il peut être immobile, roulant ou proche d’un futur modèle de production, sans avoir nécessairement vocation à être commercialisé. Chez Bugatti, il permet de confronter l’héritage de la marque aux contraintes concrètes d’une hypercar : refroidissement, aérodynamique, position du moteur, habitabilité et stabilité à très haute vitesse.

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Il faut distinguer trois statuts. Le show-car est conçu avant tout pour une présentation publique, souvent dans un salon automobile. Le prototype de développement sert à valider une mécanique ou une solution technique. Enfin, l’étude de design explore une direction stylistique sans garantie de production. L’EB 18/4 Veyron appartient à cette dernière catégorie, mais son influence sur la Veyron 16.4 a été décisive.

Les concept cars Bugatti reposent sur des éléments visuels récurrents. La calandre en fer à cheval, la courbe en C et la ligne centrale ne sont pas de simples ornements. Elles organisent les volumes, influencent l’implantation des entrées d’air et structurent la perception de la voiture. Sur une hypercar, ce langage doit rester reconnaissable tout en laissant de la place à la mécanique, au flux d’air et aux radiateurs.

La renaissance sous Volkswagen : cinq études pour trouver la future Veyron

Volkswagen acquiert les droits de Bugatti le 5 mai 1998. Sous l’impulsion de Ferdinand K. Piëch, la marque doit retrouver une place au sommet de l’automobile. L’objectif est clair : créer une voiture capable d’associer luxe, puissance extrême et vitesse supérieure à 400 km/h. Les concepts présentés entre 1998 et 1999 marquent les différentes étapes de cette recherche.

Infographie chronologique des concept cars Bugatti, de l’EB 118 à la Tourbillon
Infographie chronologique des concept cars Bugatti, de l’EB 118 à la Tourbillon
Modèle Présentation Architecture ou idée principale Statut et héritage
EB 118 Salon de Paris, septembre 1998 Coupé de grand tourisme à moteur 18 cylindres Première déclaration stylistique de la nouvelle ère
EB 218 Salon de Genève, mars 1999 Berline fastback luxueuse à quatre portes Explore une Bugatti de grand tourisme plus polyvalente
EB 18/3 Chiron IAA de Francfort, septembre 1999 Sportive à moteur W18 Étape vers une hypercar à moteur central
18/3 Veyron Prototype de 1999 W18 de 6,3 litres, plus de 500 ch Étude rare signée Walter de Silva
EB 18/4 Veyron Salon de Tokyo, octobre 1999 Silhouette d’hypercar compacte et moteur central Préfigure directement la Veyron 16.4

Des voitures de grand tourisme aux proportions de l’hypercar

Les EB 118 et EB 218, associées à Giorgetto Giugiaro et Italdesign, cherchent d’abord à réinstaller Bugatti dans l’univers du grand tourisme de luxe. L’EB 118 est un coupé aux volumes amples. L’EB 218 étend cette idée à une berline spectaculaire. Ces deux modèles montrent que Bugatti ne se limite pas encore à l’hypercar moderne : la marque explore aussi une vision élégante, confortable et statutaire.

L’EB 18/3 Chiron, puis la 18/3 Veyron, rapprochent le projet de la supercar. La 18/3 Veyron de Walter de Silva adopte un moteur en position arrière centrale, des portes en élytre, un aileron rétractable et un échappement central. Son instrumentation est graduée jusqu’à 360 km/h. Ce détail traduit déjà l’obsession de la vitesse, même si le véhicule reste une étude.

Du W18 imaginé au W16 réalisable

Le moteur W18 de la 18/3 Veyron rassemble trois rangées de six cylindres. Avec 6,3 litres, plus de 500 ch et une boîte manuelle à 5 rapports, il incarne une ambition mécanique hors norme. Une hypercar de série exige toutefois une fiabilité, une compacité et une gestion thermique compatibles avec une production très limitée. Le projet évolue ainsi vers le W16 quadriturbo de la Veyron 16.4, lancée en 2005 avec plus de 1 000 ch.

L’EB 18/4 Veyron : le concept qui fixe le code visuel de la production

Présentée à Tokyo en octobre 1999, l’EB 18/4 Veyron est le chaînon le plus important de cette famille. Son dessin, attribué à Jozef Kabaň sous la direction de Hartmut Warkuß, abandonne la logique du grand coupé pour une forme plus ramassée et plus tendue. Ses proportions répondent davantage aux besoins d’un moteur central très puissant.

La Veyron 16.4 de production n’en reprend pas chaque détail, mais elle en conserve l’essentiel : une proue dominée par la calandre en fer à cheval, un habitacle avancé, des flancs profondément sculptés et une silhouette immédiatement identifiable. Le concept montre surtout que le design Bugatti reste lié à l’ingénierie. Les ouvertures, les surfaces latérales et l’arrière doivent alimenter, refroidir et stabiliser la voiture.

L’EB 18/4 n’a pas été vendue, mais elle a fourni à la Veyron son point de départ esthétique et son positionnement. Elle associe une mécanique démesurée à un traitement plus raffiné, avec l’ambition de créer une automobile d’exception utilisable sur route.

Les concepts secrets : trois Bugatti jamais produites, mais loin d’être oubliées

Veyron Barchetta, Atlantic et W16 Coupé Rembrandt

La Veyron Barchetta, créée en 2008 sur une base de Veyron Grand Sport Vitesse, imagine un speedster à carrosserie spécifique et pare-brise enveloppant. Son profil très bas et son traitement arrière ont nourri des pistes stylistiques que l’on retrouve dans l’esprit de la Divo, limitée à 40 unités. Elle montre qu’une même base technique peut recevoir une personnalité radicalement différente.

L’Atlantic Concept, développé pendant 18 mois à partir de 2015, envisage une Bugatti plus accessible dans une gamme élargie, avec un coupé et un roadster. Le projet associe un V8 biturbo à un moteur électrique et reprend une partie de la technologie liée au programme Porsche Taycan ou Mission E. Son abandon rappelle qu’un concept dépend aussi du contexte industriel et stratégique dans lequel il est développé.

Le W16 Coupé Rembrandt prend le contre-pied de la Veyron. Cette GT à moteur avant devait recevoir un W16 quadriturbo de 8,0 litres annoncé à 1 500 ch. Son prix potentiel atteignait 20 millions de dollars par exemplaire. Resté au stade de l’étude, le projet mêle des références de la Barchetta et de La Voiture Noire, produite à un seul exemplaire, avec une approche plus classique du grand tourisme.

De la Chiron à la Tourbillon : l’héritage du prototype reste vivant

Après la Veyron, Bugatti continue d’explorer ses idées avec des modèles comme la Chiron, la Divo, la Centodieci limitée à 10 exemplaires, La Voiture Noire et la Bolide. Achim Anscheidt prolonge cette recherche autour de proportions plus athlétiques, de l’appui aérodynamique et d’une interprétation contemporaine de l’identité historique de la marque.

La Tourbillon ouvre une nouvelle étape avec un V16 atmosphérique de 1 000 HP, une monocoque en composite de carbone de qualité aérospatiale et des éléments de suspension imprimés en 3D. Ses performances annoncées illustrent cette évolution : 0 à 100 km/h en 2,0 secondes, 0 à 200 km/h en moins de 5 secondes, 0 à 300 km/h en moins de 10 secondes et 0 à 400 km/h en moins de 25 secondes.

Son habitacle suit la même logique. Les sièges sont fixés au plancher, tandis que le volant et les pédales s’ajustent. L’assise est abaissée de 4 cm par rapport à la devancière. Les instruments analogiques, composés de plus de 600 éléments, relient mécanique de précision et technologie contemporaine. Cette continuité résume la fonction d’un concept car Bugatti : rendre visible, avant la production, la prochaine définition du luxe automobile.

Éléonore Mezin-Lavergne
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