Auto

Rimac Concept One : 1224 chevaux, 8 exemplaires et un accident qui a marqué son histoire

Éléonore Mezin-Lavergne 7 min de lecture
Rimac concept one car en studio, avant hypercar électrique, 1224 chevaux

Avant de devenir un nom connu des amateurs de voitures électriques grâce à la Nevera, Rimac s’est fait connaître avec une voiture presque irréelle sur le papier : une hypercar 100 % électrique développée par une poignée d’ingénieurs croates, capable de rivaliser avec les meilleures supercars thermiques de son époque. La Concept One a posé les bases de tout ce que la marque allait construire ensuite, entre records de vitesse, participation à Pikes Peak et un accident télévisé qui a fait le tour du monde.

Une hypercar électrique née d’un pari un peu fou

L’histoire commence en 2009, quand Mate Rimac fonde Rimac Automobili à Sveta Nedelja, en Croatie. À cette époque, aucun fournisseur ne propose de composants électriques suffisamment performants pour équiper une voiture de sport digne de ce nom : batteries, onduleurs, moteurs, tout doit être conçu en interne. Ce choix, presque imposé par le manque d’alternatives sur le marché, devient la marque de fabrique de l’entreprise et débouchera à terme sur le dépôt de 24 brevets.

Le tout premier prototype n’a rien d’une hypercar : il s’agit d’une BMW E30 convertie à l’électrique, surnommée en interne « Green Monster ». Cette voiture bricolée bat des records d’accélération homologués par la FIA en avril 2011, un résultat qui attire l’attention des médias et convainc Mate Rimac qu’une hypercar électrique construite depuis une feuille blanche a sa place sur le marché. Quelques mois plus tard, en 2011, la Rimac Concept One est dévoilée au salon de Francfort, présentée comme la première hypercar 100 % électrique conçue et fabriquée en interne.

Fiche technique : ce que vaut vraiment la Concept One

Sur le papier, la Concept One a de quoi impressionner n’importe quel amateur de voitures de sport, électrique ou non. La puissance maximale atteint 1224 ch (913 kW) pour un couple de 1600 N·m, avec un 0 à 100 km/h abattu en 2,5 secondes. Le 0 à 200 km/h tombe en 6 à 6,2 secondes, le 0 à 300 km/h en 14 à 14,2 secondes, et le 402 mètres départ arrêté se boucle en 9,9 secondes. La vitesse de pointe, selon les versions et les années de mesure, se situe entre 340 et 356 km/h.

Motorisation et transmission : un moteur par roue

La Concept One embarque quatre moteurs électriques synchrones à aimant permanent, un par roue, associés à un système baptisé All Wheel Torque Vectoring System. Concrètement, le couple est réparti individuellement sur chaque roue en temps réel, ce qui permet à la voiture d’ajuster sa motricité et sa trajectoire de façon bien plus précise qu’un simple différentiel mécanique. C’est cette architecture, plus que la seule puissance brute, qui explique la capacité de la voiture à rester stable malgré une accélération digne d’un dragster.

Batterie, autonomie et poids

La voiture est alimentée par une batterie LiFePO4 (lithium fer phosphate) de 92 kWh, une chimie choisie pour sa stabilité thermique plutôt que pour sa densité énergétique maximale. L’autonomie annoncée se situe entre 330 et 350 km, ce qui reste correct pour une voiture pensée avant tout pour la performance. Le châssis et la carrosserie en fibre de carbone permettent de limiter le poids à vide entre 1850 et 1900 kg, une masse contenue pour une voiture qui embarque autant de batteries et quatre moteurs. La voiture mesure 4548 mm de long pour 1854 mm de large et 1198 mm de haut, avec un empattement de 2750 mm, et s’appuie sur des freins carbone-céramique pour encaisser les vitesses atteintes.

De Francfort à Genève, une voiture qui n’a cessé d’évoluer

Après sa présentation à Francfort en 2011, la Concept One est montrée une nouvelle fois au concours d’élégance de Paris en 2012, puis entre en production limitée. La première livraison a lieu en janvier 2013, chez un client espagnol resté anonyme. En 2014, une version dérivée du modèle sert de voiture officielle au directeur de course lors de la première saison de la Formula E, un rôle qui renforce la crédibilité de Rimac dans la compétition zéro-émission.

En 2015, une version modifiée baptisée E-Runner Concept_One s’attaque au Pikes Peak International Hill Climb, la célèbre course de côte américaine. Pilotée par Nobuhiro Tajima, elle termine deuxième au classement général avec environ 1500 ch, un résultat remarquable pour une voiture électrique face à des prototypes thermiques spécialement conçus pour l’exercice. La version finale et optimisée de la Concept One est présentée au salon de Genève en 2016, avant que la production ne s’arrête définitivement.

L’accident de Richard Hammond, le jour où la Concept One est devenue mondialement connue

Le 10 juin 2017, l’animateur britannique Richard Hammond pilote une Rimac Concept One lors du tournage de The Grand Tour, dans le cadre d’une course de côte organisée à Hemberg, en Suisse (Bergrennen Hemberg). La voiture sort de la route et dévale un talus avant de prendre feu, sous les yeux de ses collègues Jeremy Clarkson et James May. Hammond s’en sort avec une fracture au genou, mais l’accident, filmé et largement relayé, propulse la marque Rimac sur le devant de la scène médiatique mondiale, bien au-delà du cercle des passionnés d’automobile.

Paradoxalement, cet accident très spectaculaire n’a pas nui à la réputation de la voiture. La presse spécialisée continue de saluer ses performances : EVO Magazine lui attribue 3,5 étoiles sur 5, et des journalistes comme Dan Prosser ou Richard Meaden soulignent la précision de son comportement routier, tout en notant que le silence du moteur électrique change profondément l’expérience de conduite par rapport à une hypercar thermique traditionnelle.

Combien coûte une Rimac Concept One et pourquoi si peu d’exemplaires

À son lancement, Rimac annonçait une production de 88 unités. Dans les faits, seuls 8 exemplaires de la Concept One ont été construits, un écart qui s’explique par la complexité de fabrication d’une voiture dont chaque composant électrique est développé et assemblé en interne, à une échelle industrielle encore très artisanale pour une jeune entreprise croate. Le prix d’origine s’établissait autour de 742 000 € (980 000 $), un tarif proche de celui d’une Lamborghini Aventador haut de gamme à l’époque de son lancement.

Posséder une Rimac Concept One implique aussi de composer avec des contraintes très concrètes, loin des chiffres impressionnants de la fiche technique. Avec une garde au sol proche de celle d’une voiture de course, charger l’engin sur une remorque de transport devient un exercice de précision : la moindre rampe trop pentue racle le bouclier avant en carbone, une pièce bien plus coûteuse à réparer qu’un élément de carrosserie classique. Les rares propriétaires s’équipent de rampes surbaissées conçues spécifiquement pour les hypercars, et certains font même relever temporairement la suspension avant tout déplacement en camion. Un détail qui rappelle qu’au-delà de la performance pure, la Concept One reste une mécanique de compétition à apprivoiser au quotidien, même une fois garée dans un garage de collection.

Cette rareté, combinée à la notoriété acquise après l’accident de Richard Hammond, fait aujourd’hui de la Concept One un objet recherché par les collectionneurs de véhicules d’exception, au même titre qu’une supercar thermique produite en série très limitée.

Concept One, Concept S, Nevera : la suite logique d’une même vision

La Concept One n’est que la première étape d’une gamme qui n’a cessé de gagner en performance. La Concept S, présentée en 2016, reprend la base technique de la Concept One tout en gagnant en légèreté (environ 50 kg de moins) et en puissance, avec 1365 à 1384 ch et une vitesse de pointe de 365 km/h ; seuls 2 exemplaires ont été produits. Une base technique dérivée, le Volar-e, a également été développée avec le laboratoire espagnol IDIADA, doté d’une batterie plus modeste de 38 kWh pour environ 200 km d’autonomie et une recharge en 15 minutes seulement.

L’étape suivante, la Nevera, présentée en 2021, change d’échelle : 1914 ch, 412 km/h en vitesse de pointe, un 0 à 100 km/h en 1,97 seconde, une batterie de 120 kWh pour 647 à 650 km d’autonomie, et 150 exemplaires prévus. La déclinaison Nevera R, dévoilée plus récemment, pousse encore le curseur à 2107 ch et un 0 à 100 km/h en 1,74 seconde, limitée à 40 exemplaires. Cette progression technique s’accompagne d’une montée en puissance financière et industrielle : Porsche entre au capital de Rimac à hauteur de 10 % en 2018, porte sa participation à 15 % en 2019 puis à 24 % en 2021 pour un investissement de 70 millions d’euros, tandis que Hyundai et Kia injectent 80 millions d’euros la même année. Cette alliance stratégique, renforcée par la présence de Volkswagen via Porsche, conduit Rimac à prendre le contrôle de Bugatti en 2021, faisant de la petite entreprise croate fondée en 2009 un acteur central de l’industrie des hypercars, électriques comme thermiques.

Éléonore Mezin-Lavergne
Retour en haut