SSC supercar : 1 750 ch pour la Tuatara, mais quels records retenir ?
Publié par : Camille Leroy — Rédacteur en chef
La recherche « SSC supercar » renvoie à SSC North America, constructeur américain connu pour l’Ultimate Aero et la Tuatara. Cette dernière associe un V8 biturbo à une puissance annoncée pouvant atteindre 1 750 ch à l’E85. Mais ses performances demandent une lecture attentive : le record revendiqué en 2020 a été contesté, tandis que des essais ultérieurs ont livré d’autres résultats, avec des mesures mieux documentées.
SSC North America, une marque américaine distincte de Shelby American
SSC signifie historiquement Shelby SuperCars. L’entreprise a été fondée par Jerod Shelby, sans lien avec Carroll Shelby ni avec Shelby American. Le patronyme explique une confusion fréquente, mais il s’agit bien de deux histoires automobiles différentes. Le nom SSC North America, adopté en 2012, permet de mieux distinguer les entreprises.

Le constructeur est implanté dans l’État de Washington, dans la région des Tri-Cities. Son site officiel le situe à Richland, tandis que certaines notices mentionnent West Richland. Pour sa naissance, la notice consacrée à SSC retient 1998, alors que l’article historique de Madness évoque 1999 : mieux vaut conserver cette réserve que présenter l’une de ces dates comme unanimement établie.
L’ambition de SSC est claire : proposer une hypercar américaine capable de rivaliser avec les références européennes. Le terme « supercar » reste courant pour désigner ses voitures, mais leurs puissances, leur rareté et leur recherche de vitesse maximale les placent dans le territoire des hypercars.
De l’Ultimate Aero à la Tuatara : deux générations à distinguer
L’Ultimate Aero construit la réputation de SSC
L’Ultimate Aero est le modèle qui a installé SSC dans les discussions sur les voitures de production les plus rapides. Sa notice décrit un V8 biturbo de 6,35 litres développant 1 183 ch. Le site officiel lui attribue une vitesse moyenne de 256,14 mph lors du record du 13 septembre 2007. Ce chiffre historique ne doit pas être confondu avec les performances de la Tuatara, qui lui succède.

La Tuatara évolue longtemps avant la série
Le concept Tuatara est présenté en 2011 au concours d’élégance de Pebble Beach. La pré-série apparaît en août 2018, puis le premier modèle de série est présenté le 8 février 2020. Son nom, d’origine maorie, désigne un reptile de Nouvelle-Zélande.
Cette longue gestation explique certaines divergences entre les fiches. L’article historique de Madness évoque notamment un moteur de 7 litres, environ 1 200 kg, un 0 à 100 km/h en 2,8 secondes et une vitesse annoncée de 442 km/h. Ces caractéristiques anciennes ne sont pas celles de la fiche de série : les assembler donnerait le portrait d’une voiture qui ne correspond à aucune configuration précise.
La fiche technique de la Tuatara, au-delà de la puissance
La Tuatara de série repose sur une architecture à moteur central longitudinal et propulsion. Sa carrosserie et sa monocoque sont en fibre de carbone. La monocoque constitue la structure porteuse de l’habitacle ; le carbone ne se limite donc pas à un habillage esthétique.
| Caractéristique | Valeur indiquée dans la fiche de série |
|---|---|
| Motorisation | V8 biturbo de 5,9 litres |
| Puissance à l’essence | 1 350 ch |
| Puissance à l’E85 | 1 750 ch |
| Transmission | Propulsion, boîte robotisée à 7 rapports |
| Masse à vide | 1 247 kg |
| 0 à 100 km/h annoncé | 2,5 secondes |
| Coefficient de traînée | 0,279 |
| Dimensions | 4 622 mm de long, 2 057 mm de large, 1 067 mm de haut |
Les deux puissances correspondent à des carburants différents, pas à deux résultats interchangeables. La notice explique le gain à l’E85 par le refroidissement de la chambre de combustion et la réduction du risque de cliquetis, qui permettent une calibration moteur adaptée. Il faut donc toujours préciser le carburant lorsqu’on cite les 1 750 ch.
L’aérodynamique compte également. Le coefficient de traînée de 0,279 décrit une partie de la résistance à l’avancement, mais ne suffit pas à prédire la vitesse maximale : la surface frontale, les appuis et les conditions de roulage interviennent aussi.
À très haute vitesse, une petite perturbation peut se propager comme une onde dans tout le comportement de la voiture : une rafale modifie les efforts aérodynamiques, lesquels sollicitent les pneus et la suspension. C’est pourquoi une silhouette peu résistante à l’air ne suffit pas. Pour comprendre une hypercar, il faut aussi penser à la stabilité de ses réactions, et pas seulement à sa puissance ou à son coefficient de traînée.
Records de vitesse : séparer l’annonce de 2020 des essais suivants
Les chiffres de 2020 restent contestés
Le 10 octobre 2020, SSC revendique pour la Tuatara une moyenne aller-retour de 508,7 km/h et une pointe de 532,93 km/h. Ces valeurs ont ensuite été contestées, notamment à propos de la cohérence entre les images et les vitesses annoncées. Dewetron a également contesté l’implication qui lui était attribuée dans la mesure. Ces résultats ne doivent donc pas être présentés comme un record établi.
Les mesures ultérieures donnent un autre repère
Le site officiel de SSC cite une moyenne de 282,9 mph le 17 janvier 2021, au Kennedy Space Center, sur une piste de 2,5 miles. La notice française rapporte pour cette tentative ultérieure une moyenne de 455,3 km/h et une pointe de 460,4 km/h, mesurées par Racelogic. Ces résultats sont distincts de l’annonce controversée de 2020.
La distinction entre moyenne et pointe est essentielle. Une pointe correspond à la vitesse maximale atteinte pendant un passage. Une moyenne aller-retour combine deux passages en sens opposés, afin de limiter notamment l’influence du vent et de la pente. Une mesure instrumentée reste par ailleurs différente d’une homologation selon un règlement précis.
Pour comparer SSC à Bugatti ou Koenigsegg, mieux vaut vérifier les critères suivants plutôt que juxtaposer des nombres :
- un passage unique ou un aller-retour ;
- la configuration exacte du véhicule et son statut de production ;
- la longueur de piste et les conditions météorologiques ;
- l’organisme de mesure et les modalités de validation.
Sans ces précisions, affirmer qu’une voiture est « la plus rapide du monde » simplifie excessivement une comparaison technique.
Production, variantes et prix : ne pas transformer les annonces en bilan
La fiche de la Tuatara mentionne une série de 100 exemplaires. Ce volume annoncé ne prouve pas que 100 voitures ont déjà été fabriquées ou livrées. L’article historique de Madness évoquait, lui, 12 exemplaires dans un autre état du projet : ces nombres ne décrivent pas nécessairement le même programme au même moment.
Les variantes doivent aussi rester séparées. La Striker est annoncée avec 1 750 ch et un volume de 100 exemplaires, tandis que l’Aggressor est associée à 2 200 ch et à 10 exemplaires. Il ne faut ni attribuer automatiquement ces caractéristiques à la Tuatara standard, ni additionner les volumes sans connaître le périmètre exact des annonces.
Enfin, Madness mentionnait historiquement un prix américain de 800 000 à 900 000 dollars. Cette fourchette n’est pas un tarif actuel. Elle renseigne sur le positionnement annoncé à l’époque, pas sur la disponibilité ou la valeur d’une voiture aujourd’hui.
Le bon repère reste donc double : l’Ultimate Aero porte l’héritage du record de 2007, tandis que la Tuatara incarne une génération plus puissante et plus sophistiquée. Pour cette dernière, les résultats ultérieurs mesurés par Racelogic sont à distinguer nettement des chiffres contestés de 2020.
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